joindre la conversation
L'urgence est un choix
« Certaines choses dépendent de nous, d’autres, non », disait Épictète, tout en nous invitant à acquérir la sagesse qui permettait de reconnaître ces situations, d’agir sur la première catégorie et de tenter d’influencer la seconde. Vouloir tout contrôler est aussi inutile que de tenter de poursuivre le vent.
Néanmoins, penser est plus difficile que ne pas penser. En plus, penser exige du temps et, du temps, tous disent qu’ils n’en ont pas ou qu’ils n’en ont plus.
« Tout est urgent », « tout doit être fait maintenant », entend-on. Qu’est-ce que l’urgence si ce n’est qu’une caractéristique qu’une personne choisit de donner à un évènement ?
Oui. L’urgence est un choix, voire, une question de perception ou d'opinion. Sachez-le.
En termes astronomiques, rien n’est urgent. La lumière d’une étoile met en moyenne quarante-deux ans à arriver sur Terre, la Terre tourne sur elle-même aux vingt-quatre heures.
Rien n’est urgent.
Regardez rétrospectivement les évènements que vous avez vous-même qualifiés d’urgents. En définitive, peu l’étaient. Vous n’étiez que pris dans le tourbillon du moment, étourdis, ne sachant plus discerner ce qui était important de ce qui ne l’était pas. Cette distinction avait été remplacée par celle d’urgence…
Soyons honnêtes, peu d’évènements sont urgents. Certains sont, par contre, « importants ».
L’urgence perçue empêche de reconnaître les évènements importants: tout est important dans l’urgence.
L’urgence perçue empêche de penser, de réfléchir.
L’urgence perçue nous fait sentir importants, parce que nous pouvons répondre à des urgences…transférant ici la caractéristique « important » de l’évènement à nous-mêmes.
C’est pourquoi nous aimons l’urgence; c’est la raison pour laquelle nous nous soumettons docilement à sa tyrannie parce que, ce faisant, nous avons l’air important et, de nos jours, nous le savons, plusieurs préfèrent « avoir l’air » à « être ».
En ce début d’année, je forme le vœu que nous choisissons d’être au lieu d’avoir l’air d’être.
Penser est plus difficile que ne pas penser, certes, mais même si nous préférons ne pas y penser, il faudra bien y penser à un moment donné…
* * *
Quiconque pense fait penser
- Voltaire

Commentaires (4)
jan vermeirsche
Pascale Bédard
Pierre Simard
Sans blague, le mot URGENCE est trop souvent galvaudé, comme bien d'autres mots fourre-tout, pour organiser les agendas et pour se donner bonne consciences. Rien ne justifie qu'un élu pense à lui en premier puisqu'il ne devrait JAMAIS donné son opinion, il devrait donné la nôtre, il nous représente. Ça c'est une partie de la théorie de "La république" un livre de Platon qui date...
Que faut-il inscrire au 1e rang :
- la couche d'ozone ?
- l'omniprésence des automobiles ?
- la pauvreté ?
- les maladies et les soins de santé ?
- l'enseignement ?
- la pollution de l'air, de l'eau, des terres... ?
- le déboisement ?
- l'exploitation pétrolières et les autres ?
- quoi donc ???? l'éthique ?
Chose certaine, on ne s'entendra pas, mais au moins l'éthique marque un pas vers la réflexion responsable.
Pierre
Bertrand Leblanc-Barbedienne