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On ne peut rendre les gens bons par décret
- C’est Oscar Wilde qui le dit…
Un nouveau gouvernement, une commission d’enquête sur l’octroi de contrats publics, le témoignage de fonctionnaires véreux aux bulletins de nouvelles de fin de soirée, décidemment, on parle beaucoup d’éthique, à ce que l’on dit…
Pourtant, et c’est le cas depuis déjà un moment, on parle plus des manquements et des fautes éthiques que d’éthique en soi. « Bien faire » semble toujours une chimère réservée à quelques illuminés. « Avoir l’air de Bien faire » est plus populaire…
À force de ne parler que des manquements, d’instrumentaliser l’éthique ou de réduire celle-ci à une structure administrative (fut-elle une infrastructure de l’éthique) on manque le but, on banalise le sujet, on le vide de sa substance, de son sens alors que c’est justement le sens qui manque au discours sur l’éthique.
Le sens, c’est la direction, c’est la sensibilité, c’est le chemin. L’absence de sens, c’est l’égarement, l’inconduite et la faute.
L’éthique est une réflexion qui propose de chercher le sens à donner à une conduite. Curieusement, dans cet effort de recherche de sens, plusieurs vident l’éthique elle-même de son sens en la réduisant à une structure (fut-elle infra) ou à un effort de surveillance, si nécessaire soit-il.
Vidée de son sens, l’éthique n’est plus que du markethique. Elle vend une illusion d’un monde honnête; pire encore, elle n’est plus qu’esthétique, elle vend l’illusion d’un monde plus beau. Sans le sens, comment l’éthique peut-elle suggérer une direction?
C’est ici que les Athéniens s’atteignirent, disait le calembour. Ne sachant que dire ou que penser de l’éthique, on n’évoque plus que la négligence éthique, c’est plus simple.
Réduisant l’éthique à la négligence, on entend remédier à ces négligences en surveillant et en promettant de punir les « inéthiques », nouveau nom donné aux hérétiques d’autrefois.
Inévitablement, certains trouveront indélicat de faire référence à la nécessité d’une réflexion sur le sens et sur la culture alors que les scandales sont légion. Relativisons un peu la situation, les scandales sont spectaculaires, certes, ils font les manchettes mais, rappelons-le, il y a plus de fonctionnaires honnêtes que de fonctionnaires véreux; il y a plus de fournisseurs intègres que de fournisseurs fraudeurs. Ainsi, réduire l’éthique à la faute est une plus grande faute encore.
À force de proposer et d’imposer des dispositifs de contrôle et de surveillance, on incite les citoyens à la méfiance. Bien sûr, certains de ces dispositifs sont nécessaires, ils font incontestablement partie de la solution mais, comme pour un code d’éthique, ils ne sauraient constituer l’ensemble de la solution.
L’éthique est affaire de culture, ne l’oublions jamais. Un dispositif de surveillance ne saurait à lui seul assurer l’éthique d’une société. On ne peut rendre les gens bons par décret, disait avec justesse Oscar Wilde. Il avait raison.
Les infrastructures de l’éthique, sans l’effort de migration culturelle qui doit les accompagner, demeureront vides de sens et ne pourront faire qu’illusion. Ces infrastructures donneront, à ceux qui aimeraient mieux ne pas en parler, le sentiment, faux, d’un monde éthique.
N’oublions jamais qu’il demeurera toujours plus facile ou moins exigeant de surveiller que de penser; sachons aussi que la conformité n’a jamais engendré un monde meilleur.
* * *
- Ce ne sont pas du tout les méchants qui font le plus de mal en ce monde. Ce sont les maladroits, les négligents, les crédules. Les méchants seraient impuissants sans une quantité de bons.
- Paul Valéry

Commentaires (6)
Gaëtan-Daniel Drolet
Une chose à retenir, la corruption se définit en premier par une altération, avilissement, dépravation, gangrène, perversion, souillure... Mais alors de quoi? L'utilité et l'oportunisme économique? Maintenant que nous somme conscients notre regard perce sur l'invisible, nous nous rendons compte en même temps de son évidence et de son dévalement. Nous oublions cependant, que c'est à travers une autre structure qu'elle soit transparente ou secrète ou indiscrète que nous percevons ces scenari. De plus, nous oublions que la corruption de l'Homme n'est pas nouvelle instantanée, momentanée et que la culture n'est pas une mode mais bel et bien un mode par lequel nous sommes "monde" c'est-à-dire part de celui-ci et agent de changement nécessairement, obligatoirement pour prendre un adverbe à la mode. Une fois passé le choc émotif de la nouvelle ou de sa réaction, nous demeurons confrontés à la même habitude de conduite.
Mais de quoi retourne le choix moral? Est-ce individuel? Est-ce culturel? Est-ce économique? Le choix c'est la saveur, la teneur et l'ampleur de quoi? Pourquoi se gonfler le torse et dire que "NOUS sommes éthiques" alors qu'à chaque seconde nous faisons des choix questionnant éthiquement? Ni a-t-il pas là dichotomie?
Où alors? Quand? Et surtout comment trouver satisfaction? Choisir la vie éthique n'est pas une histoire de privation extrême, de morale accusatrice et/ou de justice austère.
Je crois que l'erreur dans l'insatisfaction constante que nous éprouvons en tant que peuple vient de cette évidence spontanée et présente. Nous sommes qui? Peu importe nous le sommes en premier et cela suffit! Nous le sommes pourquoi? Peu importe, nous en premier encore pour la même raison Mais nous oublions que l'erreur n'est cet homme-ci ou cette procédure-là L'erreur vient de notre mauvaise interprétation de la corruption La corruption corrompt l'homme en premier dans son temps, dans sa durée. Il le condamne à son évidence de temps compté c'est-à-dire "qui finit un jour" alors que tout autour de lui perdure et se régénère l'évidence de son dévalement le place en position de manque Manque de temps manque d'argent etc... Ce n'est pas un problème en soi, ni nouveau. Ce qui le caractérise c'est son fondement qui adresse la racine plutôt que la catégorie. C'est aussi ce qui l'unit le plus solidairement mais je crois que lorsque l'ON dit il ne fait que parler.
Madeleine Provencher
Vous dites : " ... sachons aussi que la conformité n’a jamais engendré un monde meilleur". On peut se conformer (ou être obligé de le faire) pour de bonnes raisons, par exemple pour participer à l'édification du monde meilleur promis par ceux qui gouvernent. Pour aller dans le sens indiqué par ceux qui ont le temps et les capacités de réfléchir pour le bien commun. Dans ce cas, il serait possible que la conformité engendre un monde meilleur, non?
Gaëtan-Daniel Drolet
Ma réponse tant qu'à elle n'a rien de sexy, elle dit que ces changements doivent être complémentaires pour engendrer un réel effet Elle dit qu'ils doivent être orientés vers un bien commun. Mais le vers est vert et il y a un changement dans la direction. Alors je repose la question Peut-on faire des gens "bons" et les copier-coller
à la chaîne?
Denis Simard
l'attention du public sur une personne qui a déviée de la route éthique. Et comme les gens ont le réflexe de fonctionner par association, le média propage ainsi l'idée que ce type de personne a la faiblesse de s'écarter de l'éthique. Peut-être que si on tournait les projecteurs sur ceux qui sont éthique et le démontrent, juste question de changer les modèles de cette
société...
Andrée Blanchet
On parle ici d'éthique et de conformité. Pour certains, c'est la recherche du bien, du beau et du vrai qui les motivent, pour d'autres, c'est la peur de sanctions. En programmation neurolinguistique, les deux modèles existent, parfois même on est dans l'un, parfois dans l'autre, ils faut donc pouvoir composer avec les deux.
On parle de vouloir être bon ou vouloir rendre les autres bons. Mais la bonté ! voilà une quête de tous les instants, partagée entre la liberté de l'EGO et celle de l'Autre.
Alors «Quoi faire pour bien faire». S'il est vrai que l’éthique est une réflexion qui propose de chercher le sens à donner à une conduite, cette recherche est aussi basée, rappelons-le, sur des valeurs partagées. Or, ces valeurs peuvent diverger de beaucoup d'un milieu à l'autre. Alors comment rallier les uns et l'autres ?
Ne pourrait-on pas se recentrer sur l'essentiel, sur l'essence profonde de l'Être, sa dignité intrinsèque. Ne pourrait-on pas revenir aux fondements d'une sagesse universelle, universalité qui commande le regard de l'Autre pour s'exercer.
Alors si nos décisions ne passent pas toujours le tamis de l'éthique (enfin, c'est mon cas), permettons-nous au moins d'essayer. Un code d'éthique, des personnes reconnues pour leur sens éthique, des sanctions, même prévues par décrets, c'est peut-être bien loin de la recherche éthique idéale, mais pour plusieurs d'entre nous, c'est un début de prise de conscience sur les impacts découlant de nos choix.
Bien sûr, de telles règles ont aussi leurs effets pervers. Il faut donc rester vigilent et user de discernement. Déjà, le simple fait d'en parler est un début.
François
Je crois que tu soulèves La bonne question. Répondre à un enjeu éthique de société par une approche mécanique ou technique: un code, est la preuve suprême du refus de nos institutions, organismes, et leurs dirigeants de réellement se remettre en question, de changer, et de retrouver un certain espace d'action... En toute légitimité.
La vraie démarche éthique, elle, est plus qu'exigeante, elle interpelle les fondements même de notre façon d'agir et d'être. Pour des organisations issues du XXieme siècle, qui n'ont ni âme, ni cœur, s'éloigner d'une culture technique où personne n'est responsable de rien ( que voulez-vous, c'est les règles), c'est toute une remise en question. Bref, un changement de paradigme, d'époque. En sommes nous capable? Yes, we can!